la danse du feu comence

J'ai tellement ramé au milieu de la mer! En route sur un radeau de fortune,et tout droit vers un invisible continent.peut-être ai-je ramé à reculons?J'ai fait le tour du monde ainssi?Plusieurs fois?Quelques escales dans la lumière et dans le brouillard.Brèves.Et toujours,malgrès tout,la force de continuer,aveugle,aveugle,l'invincible et dur espoir de soulever à deux mains des montagnes d'écume,de brume.Arriver à regrarder le soleil,debout,sans vaciler,lontemps.C'est ainssi que l'on apprend,en chemin,combien l'espoir est coupant.

Mais toi ,tu n'est pas un de ses mirages.Pas un glissment d'algue.Pas l'écho du battement d'aile de l'oiseau,à l'autre bout du ciel.Toi,l'homme de terre,de remous creusés à pleines mains dans le vif de la vie ,cascades de soleil,tempètes,chairs brunes,peau griffé de torrents de fruits,jus ruissenlants éclatants,nous les buvons ensemble lèvre contre lèvre.Et cette danse qui naît de toi?Elle s'anime dès que je prononce ton nom.Je descends au bord du fleuve,je rejoins notre eau tumultueuse.Des femmes arrivent et déposent sur les deux rives le milles flambeaux.La danse du feu commence.
"Le feu et l'eau sont une seule et même chose",glisse-t-on de bouche en bouche.Et c'est bien la phrase,jamais tarie,que l'on trouve dans le livre du poète que nous préférons.Les livres et la vie finissent toujours par se rencontrer.Eux aussi sont une seule et même chose.Je le crois.Tu me l'a affirmé.

Ce soir, sous l'arbre,tu as eu ce geste, me tendre la main.Savais-tu qu'i suffisait à cemoment-là d'effleurer mes doigts pour libérer les mots,dérive sûre?Des mots-racines que toi seul receuilles,autour de nous dans la foule.Les mts sont les fruits qui fondent entre nos dents.Pourquoi,du crépuscule à l'aube,dire et redire "je t'aime"?Pour unir l feu et l'eau,pour,ensemble,vaincre le ressac noir des jours,pour éprouver sans fin la brûlure de la flamme,l'insistante caresse de l'onde.

NICOLE FEUCHER,1946

# Posté le samedi 21 avril 2007 07:15

ta voyageuse la plus secrète

ta voyageuse la plus secrète
J'étais depuis lontemps
ta voyageuse la plus secrète
mais coment souffler tes plus belles passagères
_fleurs de pissenlit?
C'était
bâtir sur une étoile
Don Quichotte dans un nid d'abeilles
(mes amis me l'on dit)

J'avais acheté
pour notre rendez-vous
des souliers vernis

Tu sévissais alors derrière les portails
d'or de la Chaussée d'Antin
comme le monstre Kong
après sept heures
complotant seul
derrière un bureau qui te montait jusqu'au cou
la ruine des patrons
J'écoutais ta voix de savon
me parler des jours difficiles
de poésie
d'mpossibles repos
Ta révolte se frotait à la mienne
comme un cheval amoureux...

L'oeil fier
j'éprouvais
l'horreur de la distance
des désespoirs d'enfant receuillie...
Mon sang tournait dans l'air irresirable
come un satellite à la recherche de sa planète

Ton geste de danseur à ma taile
-bague de fumée-
et le terre redevint humaine
chantante ébourffée
la place de l'Opéra une barque aux oiseaux

JOCELYNE CURTIL,1940
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# Posté le samedi 21 avril 2007 07:57

Modifié le lundi 30 juillet 2007 08:50

les mauvais jours

les mauvais jours
Que mon bonheur porte ton nom,
que tes yeux rongent mon espace,
que je sois ton terrain conquis.

Ainsi deviendrons-nous
cette rose unique
à jamais sauvée
du long dessèchement.

Ainsi pourrons-nous vivre
sans faiblir au coeur
des foules grimaçantes
et soutenir la lumière crue
des mauvais jours.

JEAN ORIZET,1937(En soi le chaos)
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# Posté le dimanche 22 avril 2007 05:33

Modifié le lundi 27 août 2007 15:38

Un souvenir de son tour du monde

Un souvenir de son tour du monde
Pourquoi est-elle venue
avec ce sourire d'enfant torturé
et ce napalm dans la voix

il y a bien une rue à Saint-Pierre-et-Miquelon
puisqu'il y en a une chez moi
rue Saint-Benoît
où je te découvris
une rue sans lanterne
vide
mais pleine de gens
aux yeux vides
une rue qui n'attendait que toi
pour vivre enfin

ô ma Benoîte
et mon chagrin

tu es bien là mille fois présente
aux heures anonymes du matin
où je ne dors quà travers toi
tu es bien là mille fois abscente
à ces mêmes heures
quand je ne vis quà moitié
allô le téléphone nous penche
l'un vers l'autre
d'une rue à l'autre
et toi pervenche
quêtes-tu l'ondée
où est-tu bien franche
quand tu déchires le verbe aimer.

ne dis rien si tu crois que tu m'aimes
allô oui... je sais
j'ai découvert l'amour pour la première fois
merci mon bon saint Germain
merci mon bon Saint Benoît
et Saint Québec
et Saint Miquelon
même si ton nom est con
à prononcer
et puis après?

tu as l'age de jouer Juliette
avec le rideau rouge des vaines gloires
tu es toi pour toi
mais pour moi mille fois autre

je te veux en épure

comme je te rêve
et je t'ai rêvée
en trois soirs et trois nuits
je t'aime
bêtement
atrocement.

GILLES DURIEUX,1935(13juillet 1967,A la tour Montparnasse les bateaux sont mort)
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# Posté le dimanche 22 avril 2007 05:46

Modifié le lundi 30 juillet 2007 09:01

l'amour

l'amour

Autrefois
j'écoutais le bruit de ma voix
Les volets clos espionnaient la maison
Une mouche se débattait dans les rideaux
Le soleil rampait sur le sol
j'étais loin de moi

maintenant
j'ai regardé la vie de ton côté
et j'ai tout détruit pour t'aimer
je t'aime
j'ai pour la première fois
je t'aime

ta jupe te serre la taille,abat-jour d'une lampe
les passants
veulent savoir qui tu es

qui es-tu?

ivre de danse tu lançais tes bras aussi haut que tes jambes
poisson de feu

silencieuse
tes yeux se ferment doucement sur les objets
avant de leur donner un nom
mon corps est l'asile du tien

il s'élève inconnu jusqu'à toi

mais tu es aussi grande que mon amour
et ton sourire se déchire au niveau de mes lèvres

je te connais
pour t'avoir rêvée milles fois
sous les feuilles de la forêt
dans ce monde
où l'air et l'eau ne pèsent pas

je t'aime
parce que tu as eu vingt ans à minuit dans mes bras

JEAN BRETON,1930 (Chairs et Soleil)
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# Posté le dimanche 22 avril 2007 06:00

Modifié le lundi 30 juillet 2007 09:03